Qui se souvient de Venise
Venezia,
Italie
2017

Le territoire lagunaire, initialement protecteur pour la ville de Venise est devenu aujourd’hui une menace. Cet environnement instable, entre terre et mer, a continuellement subi des transformations pour que l’équilibre précaire, profitable à la ville, soit maintenu. C’est à partir du XXème siècle que l’intervention humaine est devenue facteur aggravant. La surexploitation touristique de la ville, à l’image des gigantesques paquebots traversant le canal de la Giudecca et industrielle avec le port de Marghera sont les deux causes régionales vérifiées des transformations territoriales ayant pour conséquence l’augmentation du nombre d’acqua alta. L’exploitation s’inscrit dans un système mondialisé qui rend les décisions à l’échelle régionale d’autant plus complexes lorsque l’on prend en compte le réchauffement climatique planétaire et la montée globale du niveau des océans. Ces facteurs restent soumis aux décisions politiques internationales. Les risques de catastrophe à Venise concernent ceux qui en sont la cause. C’est dans le souci de maintenir des sources de profits que les plan de sauvegarde sont mis en place. Le projet MOSE en témoigne.


Mon projet vient directement s’inscrire dans ce contexte poussant à retarder une issue qui reste fatale pour la ville de Venise. Il participe à un courant de notre époque, s’exprimant dans le cinéma et la littérature de sciences-fiction, qui témoigne de notre obsession pour une fin du monde imminente ou inévitable. Le projet s’inscrit donc dans un scénario pessimiste et tragique mais reste porteur d’espoir. Il vient aussi sensibiliser en donnant à voir ce que Venise pourrait devenir si notre modèle actuel n’est pas remis en question. Le projet s’insère dans un contexte actuel puis accompagne un scénario dystopique. Cette spéculation narrative nous permet un voyage vers la fin de Venise.


Le projet vient comme extension du Palazzo Venier Dei Leoni innachevé, aujourd’hui musée Guggenheim de Venise. Il est situé sur le Grand Canal et sa construction est estimé vers 1750. Seul le rez-de-chaussée fût achevé puis abandonné pour des raisons inconnues. La première vie du projet s’articule autour d’un triple programme. Ces trois programmes sont représentés par trois constructions qui fonctionnent ensemble. L’oeuf, structure centrale est pensé comme élément flottant. C’est en son coeur que les Vénitiens viendront déposer les objets qu’ils souhaitent voir préservés. Il représente l’élément qui viendra survivre à Venise et accueillir les objets ou les oeuvres d’art choisis pour être transmises et préservés après l’inondation de la ville. Il doit devenir le témoin d’une civilisation et d’une ville oublié. En dessous de l’oeuf, lui servant de base, l’extension du Guggenheim en brique noir, accueillera une salle de réunion et de conférence dédié au projet ainsi qu’une salle de cérémonie et une salle d’archive pour les formulaires de dépôt à remplir pour chaque objet déposé. Le dépôt est accompagné d’une cérémonie pour que l’acte de transmission représente une expérience. C’est un évènement de partage et d’espoir. Ce sont les fragments d’une ville mise en image par l’ensemble des objets choisis qui représente au mieux l’âme de la ville et de ses habitants que l’on vient confier au devenir du monde. Ces objets sont ensuite déposés dans l’oeuf. Leur multitude accompagnée de témoignages viendront représenter une cartographie sensible de la ville caractérisée par ses propres habitants au contraire de l’image de carte postale que l’on a l’habitude de voir pour Venise.


Le troisième bâtiment vient comme un fond à l’arrière de l’oeuf. Il est directement lié à celui-ci car sa base viendra lui servir d’attache ou de corps-mort de béton lorsqu’il flottera au dessus de la ville engloutie. Les étages qui s’élèvent au dessus de cette base viennent accueillir des salles d’exposition qui s’ajoutent au musée Guggenheim existant. Chaque plateau pourra accueillir une oeuvre immersive et expérientielle à la manière de James Turell ou Olafur Eliason. Ce sont des oeuvres d’art qui nous font vivre une expérience de l’état actuel du monde, elles viennent sensibiliser le visiteur par l’expérience du réchauffement climatique et de ses conséquences. Ces trois structures sont pensées sur des échelles de temps différentes. Leur temps de vie sera lié à la montée des eaux. L’ensemble viendra finalement s’effacer pour venir laisser émerger l’oeuf flottant. À un certains niveau de montée des eaux, le corps-mort se remplira d’eau, ce qui l’encrera dans le sol pour permettre à l’oeuf de venir se positionner au dessus, maintenu par une chaîne.